); ga('send', 'pageview');

Le « Body-shaming » ou la haine de l’Autre.

D’habitude, lorsque je publie un billet sur mon blog, je me contente en général de vous parler de fringues et de faire de jolies photos avec mon plus beau sourire, sauf que cette fois, j’ai envie de parler de mon parcours et de ce qui ne me fait pas vraiment sourire en ce moment.

Il y a quelques temps, on découvrait sur les réseaux sociaux, l’infect, dégradant et honteux phénomène du « Fat-Shaming ». Faisant fureur aux USA, ce phénomène s’était tristement illustré par la « Fat-Shaming Week » qui consistait à ridiculiser les femmes grosses pendant une semaine.
Comme la plupart d’entre vous, j’ai été choquée et révoltée de voir que cette absurdité prenait de l’ampleur. Comment un groupe d’individus, majoritairement des hommes, pouvaient-ils s’adonner à ce genre de pratique sans aucun scrupule? On est pas forcé de plaire à tout le mon mais pourquoi serait-il honteux d’être gros?
Je suis ce que j’appelle une « grosse d’origine », c’est à dire que je n’ai jamais été mince ou maigre et je ne sais pas quel effet ça fait d’être mince, néanmoins je peux aisément l’imaginer lorsque je me retrouve face à des portants de vêtements où ma taille n’a pas sa place. Trop « grande taille ». 
En revanche, je sais quel effet ça fait de ne pas être mince. Je sais ce sentiment de culpabilité et de honte qu’on veut nous infliger. Etre gros, c’est moche et puis ça craint pour la santé, on s’est suffisamment acharné à me le répéter et comme l’a fait remarquer notre « ingénieux » représentant de la mode française, Karl Lagarfeld, en plus d’être déplaisants à regarder, nous sommes en grande partie responsables du trou de la sécu. 
Le corps médical et mes proches s’étaient accordés à me répéter que la minceur était LA solution à ma vie, aussi bien d’un point de vue médical qu’esthétique alors j’avais fini par céder mais je ne voulais pas devenir mince, bien que la masse adipeuse ambulante que j’étais m’étouffait jusqu’à m’empêcher de vivre, je me souvenais tout de même, qu’il fût une époque où mon embonpoint n’était pas un boulet. 
J’ai donc eu recours à une gastroplastie (un anneau gastrique, une intervention devenue aujourd’hui obsolète par son manque d’efficacité) et 2 ans plutard mon chirurgien qualifiait le résultat d’échec, malgré la trentaine de kilos en moins, puisque l’objectif minceur n’ayant pas été atteint. ECHEC. Un mot avec un impact psychologique dévastateur alors que je m’évertuais à brûler chaque pauvre calorie consommée, sans parler de mon obsession pour la balance. Côté famille, le verdict n’était pas mieux, »pas assez » me disait-on. Après tous ces efforts, visiblement, peu satisfaisants, mon chirurgien me proposait d’avoir recours à une chirurgie bariatrique (sleeve ou by-pass) en me garantissant des résultats plus prometteurs. Je refusais. On ne choisit pas de se faire réduire l’estomac comme on décide de se faire couper les cheveux. L’impact psychologique est bien plus important qu’on ne l’imagine et moi, je n’avais pas suffisamment l’envie de repasser par là. 
En réalité, j’étais satisfaite des résultats et mon état de santé s’était beaucoup améliorer et il fallait que je me rende à l’évidence, ce n’était pas moi que mon corps dérangeait mais les autres. Ces autres, qui me sont proches et qui m’aiment ou ceux qui me sont totalement inconnus et qui ne supportent pas la vue de mon gras. 
J’avais préféré accepter mon corps et d’apprendre à l’aimer. Tout un programme ! C’était long et parfois difficile mais j’en suis sortie plus épanouie. 
Dire que j’aime tout mon corps, serait un mensonge… mon ventre, par exemple, lui, je ne l’aime pas. Vous me direz « Oui mais il a porté ton enfant pendant 9 mois ». Ok. Mais non. J’aime mon fils mais mon ventre et moi ça ne collera jamais. Les choses sont ainsi et je n’y peux rien. 
Nous avons toutes des imperfections qui nous dérangent mais ne nous empêchent pas d’être heureuses, du moins elles ne le devraient pas. Alors oui, j’ai fait le choix de vivre avec ce corps qui m’appartient, gros et gras, avec mon ventre mou, mes bras de « camionneur » et mes vergetures et tant pis qu’il ne rentre pas dans le moule sociétal. 
En vous racontant mon parcours, qui en soi n’a rien d’exceptionnel, je sais que beaucoup parmi vous se reconnaissent. Or, nous, les femmes rondes, nous ne sommes pas les seules à souffrir du regard des autres et des remarques désobligeantes sur notre physique et c’est là où je veux en venir…
D’autres femmes, constamment jugées « trop maigres », « squelettiques » voire « anorexiques » sont victimes d’un acharnement systématique qui a fait naître sur les réseaux sociaux un autre phénomène tout aussi cruel et humiliant que celui qui consiste à se moquer des grosses, le « Skinny-Shaming ». Et lorsque je parle de ces femmes, je n’inclus pas les adeptes du « pro-ana » ou du « thigh gap » (tendances dangereuses pour la santé au même titre les « pro-obèses » ou tout autre extrême), il existe des femmes qui n’ont besoin ni de se laisser mourir de faim, ni de s’affliger des cures de sport intensives pour être minces. Elles le sont naturellement, pour certaines ce n’est malheureusement pas par choix et penser le contraire est un préjugé aussi sévère que de présumer qu’une personne en surpoids se goinfre continuellement. 
Ce phénomène qui avait débuté aux USA, commence à prendre de l’ampleur en France et est très souvent pratiqué par les femmes et je constate qu’il est plus particulièrement répandu au sein de la « communauté ronde »… 
Allez, parlons franchement. La communauté ronde ce n’est pas l’univers des Bisounours, où l’on glisse sur de merveilleux arc-en-ciels moelleux et on atterrit sur nos jolis popotins rebondis aux couleurs acidulées en riant aux éclats. Non. Loin de là. C’est de l’insatisfaction, des critiques négatives, des moqueries et pas assez d’actes. Heureusement, il n’y a pas que cela, sinon ça serait un véritable enfer.
Alors que l’on fustige tous articles ou remarques rabaissant les femmes rondes et que nous protestons contre cette discrimination physique dont nous faisons souvent l’objet, voilà que nous aussi, nous tombons dans cette tendance incitant à l’exclusion, à la moquerie et plus clairement à la discrimination physique. Pourtant nous voulons faire évoluer les mentalités et nous savons très bien que les gens possédant cette mentalité, l’utilisent davantage pour camoufler leur propre insécurité en attaquant gratuitement « les autres ».
Qui a décidé qu’être femme, c’est d’avoir des formes généreuses?
Qui a décidé qu’être gros, c’est être moche?
Qu’est ce qui définit une femme? Et puis, c’est quoi une VRAIE femme??
Les vraies femmes n’ont pas nécessairement de courbes, les vraies femmes ne font pas forcement du 38. Les vraies femmes sont toutes différentes, elles sont ce qu’elles sont et cela bien au-delà de leur physique.
Vouloir se rassurer est une bonne chose mais faire du « Skinny-shaming » c’est simplement de la discrimination et c’est peut-être bien là le problème, on se juge et on cherche des raisons de se valoriser. Et non, mesdames, l’acceptation de soi ne se fait pas aux dépens des autres et certainement pas par la domination.
Chaque femme a ses propres atouts et certains aspects qu’elle aimerait modifier, QUEL QUE SOIT SON POIDS. Il faut apprendre à laisser de côté cette catégorisation entre minces et grosses et prôner la diversité des beautés et remettre en question les normes de la beauté et la pression mise sur les femmes. Et peut-être que si nous commençons par nous soutenir, la société cessera, enfin, de nous juger essentiellement que par notre physique.
Une femme qui a de l’assurance est une femme attirante.

4 Comments

  • Jordane 20 novembre 2014 at 23:03

    Superbe article Sihem, je partage ENTIÈREMENT ton avis. Nous sommes toutes des femmes peu importe nos critères physiques.
    Je t'embrasse

    Reply
  • annie 24 novembre 2014 at 20:25

    Merci beaucoup pour ton article. Acceptons la différence et de ne pas tous entré dans le même moule, c'est ce qui rend la vie et la rencontre avec les autres riche.

    Reply
  • Yvonne Kirk 27 novembre 2014 at 17:38

    Wonderful post. Thank you for sharing. It's ridiculous the women are shamed no matter fat or thin. There was a fat shaming week? My god! That completely shocked me.. I am, Iike you, horrified.

    Much love.

    Reply
  • Isabelle 4 décembre 2014 at 18:38

    Bravo pour ton article. Tout est dit, mais j'imagine que nous aurions de grosses surprises si nous voyons qui sont les personnes qui s'adonnent, dans l'anonymat, à ces pratiques. Ils ne sont pas tous jeunes, minces et beaux, nous pouvons en être sûres.

    Reply

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :